Expérience Impact « Glaciers et eau »
Sur le Glacier 3000, le glaciologue suisse Matthias Huss (GLAMOS / EPF Zurich) a expliqué les conséquences de la fonte des glaciers sur l’approvisionnement en eau en Suisse, et plus particulièrement dans le Saanenland.
Une excursion glaciaire avec Impact Gstaad
Vendredi dernier, Impact Gstaad a invité les habitants de la région, les membres de l’Impact Circle et des invités à participer à l’expérience Impact « Glaciers & Eau » sur le Glacier 3000, au Col du Pillon. Cette excursion d’une demi-journée s’est déroulée sous la direction du Dr Matthias Huss, directeur du réseau suisse d’observation des glaciers GLAMOS et glaciologue à l’ETH Zurich. Elle a débuté par une introduction thématique ainsi qu’une table ronde à laquelle ont participé, outre M. Huss, Arno Romang (approvisionnement local en eau) et Patrick Bauer (Gstaad Saanenland Tourismus). Le glaciologue a ensuite guidé le groupe lors d’une « Science Walk » à travers le glacier, avant qu’un déjeuner pris en commun au restaurant d’altitude Botta ne vienne clôturer l’excursion.
Le thème de l'eau, plus d'actualité que jamais
Pour Michel Hediger, chef de projet Événements & Projets chez Impact Gstaad, il allait de soi que l’événement Impact de cette année se déroule sur le glacier. « Le thème de l’eau est plus d’actualité que jamais et touche pratiquement tous les secteurs de la région, de l’agriculture à l’approvisionnement énergétique en passant par le tourisme. C’est pourquoi nous avons souhaité l’aborder là où le changement est visible : directement sur le glacier, en compagnie de personnes qui collectent ces données depuis des années », explique M. Hediger. « Un format tel que la promenade scientifique permet un échange direct entre les experts et la population, ce qu’une simple conférence ne peut pas offrir. »
Un quart du volume a disparu en dix ans
Environ 1 300 glaciers couvrent aujourd’hui encore un peu moins de 750 kilomètres carrés et contiennent, selon les estimations, 45 kilomètres cubes de glace. Depuis le pic de ce qu’on appelle le « petit âge glaciaire », vers 1850, la Suisse a déjà perdu plus de la moitié de sa superficie glaciaire d’alors. Pour M. Huss, le rythme observé ces dernières années est particulièrement alarmant : rien qu’au cours des dix dernières années, les glaciers suisses ont perdu environ un quart de leur volume restant. Les années extrêmes 2022 et 2023 ont, à elles deux, entraîné une perte d’environ 10 % du volume — une perte que l’on ne prévoyait, il y a encore quelques années, que plusieurs décennies plus tard. Les mesures effectuées par M. Huss quelques jours avant l’événement sur le grand glacier d’Aletsch indiquent que l’année 2026 devrait se rapprocher de l’année 2022, jusqu’ici considérée comme l’année la plus extrême.
Le Saanenland bientôt sans glaciers
M. Huss a également fourni des chiffres concrets pour le Saanenland : les glaciers restants de la région couvrent à eux tous à peine un kilomètre carré, mais contribuent de manière notable à l’approvisionnement en eau, notamment pendant les vagues de chaleur. D’après ses calculs, lors de telles périodes, jusqu’à un quart du débit estival régional provient de ce petit vestige de glace. Les glaciers du Tungel et du Gälte, les deux derniers glaciers importants de la région, devraient avoir en grande partie disparu d’ici 2060 à 2070 environ. Le glacier du Scex Rouge, situé du côté vaudois du col, pourrait perdre toute sa glace dès 2030-2040.
Lorsque le réservoir fait défaut
Le message central de la journée portait moins sur le volume total que sur la répartition temporelle de l’eau. La Suisse se trouve actuellement au niveau ou à proximité de ce que l’on appelle le « Peak Water » — ce point où la fonte des glaciers apporte sa contribution maximale au débit d’eau. Selon M. Huss, le volume annuel des précipitations dans les Alpes ne devrait pas diminuer de manière significative, mais leur répartition sur l’année, elle, oui : moins d’eau en été, lorsque le besoin s’en fait le plus sentir, et davantage en hiver. Dès que les glaciers ne pourront plus assurer cet équilibre, la concurrence pour l’eau estivale restante s’intensifiera entre la production d’électricité, l’agriculture et l’approvisionnement en eau potable. Il a également évoqué les autres conséquences du recul des glaciers : des modifications du paysage et des répercussions sur le tourisme, ainsi qu’une augmentation des risques naturels. Il a cité à cet égard l’éboulement de Blatten au printemps dernier comme un signal d’alarme pour la région. Les solutions possibles, discutées lors d’une table ronde en début de journée, vont de l’augmentation de la capacité de stockage des lacs de retenue à l’enneigement artificiel et aux couvertures de glaciers. Selon M. Huss, ces dernières servent toutefois en premier lieu à l’exploitation des stations de ski et ne constituent, au mieux, qu’un traitement symptomatique
Agir maintenant
Le recul des glaciers n’est en soi qu’une conséquence visible du changement climatique. Le réchauffement en Suisse est déjà aujourd’hui deux fois plus important que la moyenne mondiale, avec des conséquences tangibles : la période de sécheresse de cette année a concrètement touché la population, l’agriculture et l’économie régionale. Pour Michel Hediger, il est donc clair où la société dans son ensemble doit agir : « Nous devons nous attaquer au problème à la racine, réduire immédiatement nos émissions de gaz à effet de serre et tenter ainsi d’atténuer cette évolution », déclare M. Hediger.